La mission de Mère Marie Joseph de la Trinité

Marguerite Richard naît en 1888 à Paris. Sa vie est heureuse et religieuse, chez ses grands-parents, pendant ses sept premières années. De retour chez ses parents, qui sont concierges, elle y est rejetée et battue par sa mère. A 14 ans elle est placée comme apprentie couturière, jusqu’à ses 20 ans. C’est aussi à 20 ans qu’elle devient Tertiaire Franciscaine Missionnaire de Marie. .»


Fille-Mère !

Employée ensuite comme « bonne » chez un couple incroyant, le travail très prenant et l’isolement lui font abandonner peu à peu sa piété. Elle se laisse griser par les sorties et les bals. C’est ainsi qu’un soir, un garçon, qu’elle jugeait de confiance, abuse d’elle.

Une fille naîtra, Clotilde, qu’elle doit confier à une nourrice de province avant de rentrer gagner de quoi les faire vivre. Pendant la Guerre de 14, elle survit de peu à de graves maladies. Ne pouvant plus travailler, elle ne peut que rentrer vivre chez ses parents.

Elle écrira dans ses notes imposées par son directeur spirituel : « Il a fallu que je fusse broyée complètement pour céder à son Amour infini qui m’appelait à la perfection, à ne vivre que pour Lui ». « Plus tard elle comprendra que le Seigneur lui avait donné des grâces d’union pendant les années passées chez ses parents et qu’il les avait retirées ensuite à cause de la vie qu’elle menait. », note le P. Destelle.

Grâce à ses neuvaines à Marie, elle retrouve du travail, en 1919, comme sténodactylo.

Consécration définitive

Après de durs combats intérieurs, elle prononce, en 1920, « le fiat de l’acceptation pleine et entière à tous les Vouloirs divins ». Elle a renoncé difficilement à l’amour réciproque – très idéalisé – avec un jeune officier. Elle a si soif de réparer ses années de faiblesse qu’elle accepte toutes les humiliations, les souffrances physiques et morales.

 

Sr Marie-Joseph de la Trinité qui vivra jusqu’en 1964, fondera, en 1935, une communauté d‘âmes-prêtres - : les Sœurs du Sacerdoce Royal de Marie, dont la spiritualité est de « Vivre le Sacerdoce Royal de notre baptême, à la suite de Marie ». Leur mission : Conduire les âmes aux prêtres.

Petit à petit, Marguerite ressent le désir d’attirer les âmes au Seigneur. Elle commence par ses collègues de travail qui l’appellent « Petite mère ». Le 8 décembre 1925, elle fait le vœu de se donner totalement au Seigneur.

S’offrir pour les prêtres

« Oh ! ses prêtres, comme Il les aime et comme ils le font souffrir lorsqu’ils oublient qu’ils sont d’autres lui-même par la mission sacrée qu’Il leur a donnée et qui est un si grand privilège. Ils portent gravement atteinte au caractère sacerdotal qui les avait mis à part…Il ne se lasse pas de les rechercher pour les admettre à nouveau dans l’intimité de son cœur et leur rendre tous les privilèges qu’Il leur avait réservés… ».En 1926, écrit-elle, « Mon Père spirituel (le Père franciscain Chrysostome) vient de me proposer de m’offrir en victime à la Justice… J’ai peur, et tout se contracte en moi à la vision de ce que Jésus pourrait me demander » et d’ajouter plus tard, « C’est fini, j’ai tout accepté et la joie est venue après. Je réparerai pour ses prêtres ». Elle fait profession religieuse la même année, sous le nom de Marie-Joseph de la Trinité. « Après la cérémonie, Jésus m’a placé dans un tel état d’amour avec lui… ». La maladie grandit, elle s’alite définitivement ce qui l’oblige à mettre sa fille en pension.

Elle pense et espère mourir mais finit par accepter de rester le temps qu’Il voudra. Les grandes joies alternent avec les grosses épreuves. « Pratiquer tout dans les plus petites choses avec un abandon absolu à sa Volonté ». ». Parfois, le doute l’envahit : « Suis-je aimée de Dieu, ou suis-je dans l’erreur loin de lui ?

Son union spéciale au sacerdoce

Marguerite a consenti à la proposition du P. Chrysostome d’unir le sacerdoce et la grâce du mariage spirituel. «  L’union fut scellée par un vœu le 20 juillet 1928, la faisant prêtre pour l’éternité », écrit le P. Destelle. Elle aura toujours, par la suite, la certitude d’être prêtre mystiquement mais réellement, malgré les assauts de Satan. « Le soir du 20 juillet, je m’étais vue consacrée par Jésus lui-même… ». C’est un privilège unique. Marguerite écrit qu’elle partage les pouvoirs du sacrement de l’Ordre du P. Chrysostome et lui, la grâce du mariage spirituel.

 Le double Sacerdoce

« Ma mission la voici : faire reconnaître et arriver à la Royauté de Jésus et de Marie dans l’amour par le sacerdoce, sous une forme double que Dieu veut voir établir universellement et, par ce moyen, renouveler dans la charité, toute son Eglise…». Le Seigneur a demandé à Sr Marie-Joseph de la Trinité d’attester : « Marie participe d’une manière éminente au Sacerdoce de Jésus-Christ comme elle participe à sa Royauté… à cause de sa maternité divine. Elle est Reine avec Lui, et elle est élevée d’une manière aussi éminente à la dignité du Sacerdoce, quoique différemment. Son action à elle fut toute invisible, mais réelle. A Jésus le Sacerdoce mais, par participation et relié à Lui, le Sacerdoce invisible pour Marie. Ainsi Dieu l’a voulu dans sa bonté infinie ».

 La vocation sacerdotale de la femme

« Il y a le sacerdoce visible et le sacerdoce invisible, c’est à ce dernier, à la suite de Marie, que les femmes, appelées à cette vocation spéciale, pourront participer, dans l’union avec le sacerdoce visible, qu’elles prépareront et soutiendront… Dieu qui peut seul lui donner la consécration spirituelle mais réelle de l’Esprit saint. C’est un appel secret à la maternité spirituelle. Il faut aussi appartenir à Dieu par les vœux de chasteté, pauvreté et obéissance…», explique le P. Destelle. « Ce sont des âmes-prêtres… ; C’est une prière, un acte dont l’efficacité est proportionnée aux dispositions de l’âme sacerdotale… ». La Médaille miraculeuse de Catherine Labouré symbolise, à ses yeux, ces deux Sacerdoces. »

M.B. d’Ussel

 

Source : J. Destelle, Petite Mère, vie de Mère Marie-Joseph de la Trinité, Fx. De Guibert