Saint Benoît Labre

« Le vagabond de Dieu »

 

" Ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour
confondre ce qui est fort" (1Cor 1,27)

 

L’Eglise offre parfois, au monde, des saints aux parcours atypiques. Benoît Labre est l’un de ceux-là. Aîné de quinze enfants, il naît en 1748 dans une ferme d’Amettes (360 hab), en Artois. Les années, qui ont précédé, ont vu la guerre, la peste et la famine. Pour les deux années 1709 et 1710, la France a compté 2 millions de morts pour un million de naissances.

■ Les vues de Dieu

A l’école, Benoît Labre est remarqué pour sa piété, sa docilité et sa douceur. Très jeune, il a un désir puissant de Dieu et la préoccupation de son salut. Devinant une vocation précoce - peut être aussi pour alléger les finances familiales – ses parents le confient à un oncle Labre, curé d’Erin, qui le prend en charge alors que Benoît a 11 ans ; il va le former pendant 6 ans. Benoît découvre, chez lui, les sermons du Père Le Jeune dit l’Aveugle dans lesquels il retrouve son propre attrait pour l’ascèse et la solitude en Dieu. A sa mère, s’étonnant de le voir dormir sur une planche, il répond que « Dieu l’appelant à une vie austère et pénitente, il commence à se disposer à entrer dans les vues de Dieu ».

 

■ Se retirer au désert

Benoît est convaincu très tôt que le Seigneur l’attend à l’abbaye de La Trappe (Orne). A son oncle, inquiet pour ses études, Benoît, qui a seize ans, explique : « J’ai pris un dégoût extrême de toute science profane et étrangère au salut de mon âme ; j’ai résisté tant que j’ai pu pour vous complaire mais je me sens vaincu par une force supérieure à ma volonté. Je me suis donc résolu à me retirer dans un cloître… ». Ses parents s’opposent à son départ pour cette chartreuse réputée très rude. Après la mort du typhus du curé d’Erin, Benoît est envoyé chez un autre oncle Labre, prêtre, lui aussi réputé pour sa piété, son ascèse et sa grande charité. Enfin il peut partir, à dix-neuf ans, chez les Chartreux, grâce au soutien de son oncle. Il est certain que ses oncles prêtres auront été des exemples forts pour lui.

 

■ Dérouté

Mais la chartreuse de Longuenesse ne peut recevoir de nouveaux novices, à celle de Neuville-sous-Montreuil, on le ramène après six semaines : « les inclinations de ce jeune homme ne concordaient pas avec les usages du monastère… Sa conduite était irréprochable et tendait plutôt à un excès de sévérité… ». Toujours convaincu que sa place est à la Trappe. Benoît entre au monastère cistercien de Sept-Fons. Repris par ses scrupules d’indignité, il n’ose plus communier, tombe malade et est hospitalisé. Au bout de huit mois, le père Abbé lui dit, en juillet 1870, : « Mon fils, … Dieu vous veut ailleurs ». Il n’a que vingt-deux ans et toutes les portes se ferment ! Peut-être n’était-il pas adapté à une vie en communauté, écrira Dom Doyère, qui a étudié sa spiritualité. Benoît a une santé fragile.

 

■ Pèlerin continuel

Benoît ne rentre pas à la maison. Il entreprend de rejoindre Rome, espérant trouver, sur le chemin et grâce à la Providence, un monastère « où la vie est fort régulière et fort austère », écrit-il à ses parents. Mais, Benoît renonce bientôt à entrer dans un monastère. Il marche en pèlerin pour « connaître la volonté du Seigneur et pour savoir quel état de vie, il doit embrasser et le moment où il faut s’y fixer ». Il s’attarde en Piémont, passe à Lorette – où il se rendra 11 fois - et Assise. De petites églises voient aussi son passage. Pendant sept ans, Benoît va pèleriner, de sanctuaire en sanctuaire, à travers l’Europe, en Italie et en France mais aussi en Espagne, Suisse et Allemagne. On ne peut retracer exactement son parcours exact. C’est un pèlerinage continuel au cours duquel Benoît prie sans cesse, recevant de la nourriture de qui veut bien lui en donner, nourriture qu’il partage aussitôt avec les nombreux vagabonds qui errent sur les routes, à l’époque. Il est habillé de vêtements grossiers et finira même couvert de vermine.

 

■ Un vagabond à qui Dieu seul suffit

 

" Sa spiritualité met l' accent sur la rigueur de nos , devoirs, sur la justice jalouse de Dieu, sur la fuite du monde corrompu, sur la fragilité des bons desseins" Dom Doyère.

En 1877, il se fixe à Rome. Il continue à chercher la Présence Eucharistique, les fêtes religieuses, les reliques à vénérer. Benoît peut vivre à Rome - au milieu des nombreux mendiants - en miséreux volontaire et anonyme, sans rester oisif. Seuls ses confesseurs ont su ce qu’a été sa vie spirituelle profonde. Ce qui est certain, c’est qu’ il a choisi la pauvreté radicale, le détachement total de ce qui n’est pas Dieu, la prière continuelle, la réparation pour les offenses faites à Dieu, la solitude en Dieu. Il est assidu au Chemin de croix du Colisée, aux Quarantes Heures. Benoît est fraternel et silencieux, proche des pauvres et des marginalisés. Humble, il cherche à « être comme le Christ, ignoré et compté pour rien ». Son visage pourtant « rayonne de bonté ». Il reste paisible face aux railleries des autres mendiants pour sa « bigoterie » ou celles des enfants sur son apparence.

C’est contre l’église Sainte-Marie-aux-Monts que Benoît Labre mourra le mercredi saint, 16 avril 1883. Il a trente-cinq ans.

 

 

■ La glorification d’un pauvre

Dès l’aube du jeudi saint, la nouvelle se répand « le saint est mort ! ». Très vite, une foule, sans cesse grandissante, se presse autour de la dépouille du « plus misérable des pauvres de la ville ». Tous veulent voir et toucher la dépouille. Des guérisons miraculeuses ont lieu dès le premier jour et se multiplient. L’église sainte Marie des Monts ne désemplit pas. Il faut même des gardes. Le soir, dans l’oratoire qui a fermé ses portes, un religieux voit la sueur couler sur le front, le visage et les cheveux de la dépouille. Quinze jours plus tard, le corps ne présente aucune trace de corruption.

Il est le patron des SDF, des pauvres et des exclus.

 

Marie Blanche d’Ussel