Apercu du livre de Dom Paul Préau sur les prêtres*

  

C’est un titre tout simple, presque banal, et son sous-titre « don du Christ pour l’humanité »en est le reflet : il n’attire pas le regard et ne se fait pas valoir à la manière d’un slogan tapageur. Derrière cet effacement, on soupçonne l’humaine humilité qui est là, sous-jacente, prête à servir.

Don Paul Préaux, l’auteur de cet ouvrage aux éditions Artège, est prêtre, modérateur général de la communauté Saint Martin , titulaire d’un doctorat en théologie dogmatique sur le sacerdoce et professeur. On pourrait s’attendre alors à un vocabulaire savant, voire plus ou moins hermétique, égrenant de nombreuses références et formules où s’épancherait une éclectique érudition ; non, rien de tout cela, tout au contraire. Son exposé est fluide, quasi limpide car très accessible et, non négligeable, se révèle en pleine conformité avec l’esprit de Vatican II.

Mais son propos se veut spirituel dés le début : « le sacerdoce n’est pas une invention des hommes, mais un don inestimable, ineffable, incommensurable du Christ fait à ses apôtres et leurs successeurs au profit de tous les hommes ».

Quant à son intention, elle est claire : exposer ses convictions sur les crises qui traversent le sacerdoce, assorties de remèdes, pour que nous en tirions les conséquences ; son intention est double : faire que les laïcs aiment davantage leurs prêtres, et aux prêtres d’approfondir leur identité sacerdotale. Un beau programme !

Regardons-y de plus près.

 

■ Quel avenir ?... 

   

D’emblée il interpelle: « Quel avenir pour les prêtres ? » La question peut surprendre quand on se souvient, avec confiance, que le Christ a tenu à nous rassurer en mentionnant son Église : « les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ! ». Serait-ce alors l’émission d’un doute que ce pasteur d’âmes oserait émettre, en écho à l’esprit de monde, par médias interposés ? A l’évidence non. Il s’agit d’abord de ne pas se fermer le regard aux réalités de notre époque Il faut donc « repenser » le sacerdoce avec ces données nouvelles : « la sécularisation à outrance, le libéralisme consumériste effréné, l’accélération des technologies, la présence grandissante de l’Islam, la place minoritaire de l’Eglise dans les débats publics… » : Autant de dangers …Mais ceux-ci sont-ils seulement « extérieurs » à nous ?

En suivant assidument la lecture de chaque chapitre, on saisit toute la portée d’un exposé pleinement engagé. Il suffit, pour mieux suivre sa pensée, de se représenter les fonctions de cet héritier de la communauté Saint martin. En même temps bâtisseur il se veut « à l’écoute de tout ce que l’Esprit-Saint dépose dans le cœur de chacun, de faire en sorte que l’ensemble soit coordonné et orienté vers une même finalité »

Dieu a donc un plan qu’il veut réaliser avec nous. Or la recherche de sa volonté implique une réelle conversion à la fois personnelle, communautaire et institutionnelle, elle exige de chacun, désappropriation et audace,  vigilance, confiance» 

Si ces dispositions s’adressent à tous ceux qui s’inscrivent en chrétiens, se pose alors une autre question, celle de l’identité ontologique du prêtre.

■ A l’exemple du Père

   

En arrière plan, résonne le ton de notre pape François, tant les expressions utilisées résonnent de cette même force de foi, simple et profonde à la fois. Cette intensité il en donne un aspect quand, par analogie, citant le père du fils prodigue se rend au devant du fils avec empressement : la miséricorde a aussi cet effet, qualité intrinsèque du prêtre.

Comme en apologétique qui explique et développe, l’auteur poursuit ; « Que serait un don sur lequel le donateur ferait sans cesse peser ses droits de propriétaire ? Donner dans une absolue gratuité conduit à l’effacement ! »Voilà un autre paradigme, et remarquons, au passage, que cette exigence ontologique à l’endroit du prêtre implique aussi que celui qui s’éloigne du Père s’éloigne de la source, et donc revient à s’exposer à d’autres dépendances qui, elles, conduisent à divers esclavages avant de conduire inexorablement à la mort ».

Effacé mais bien présent, à l’image du Père, de même le prêtre; et l’avez-vous observé, le Père est patient aussi, vertu la plus expressive de la miséricorde pour, sans se lasser, « instruire, conseiller, consoler, conforter, comme pardonner et supporter » autant d’actions qui nous invitent à faire de même à travers les œuvres de miséricorde, telles que nourrir les affamés, loger les sans abris, vêtir les déguenillés, visiter les malades et les prisonniers, ensevelir les morts ; … et autant de témoignages fraternels»

La parabole du fils prodigue est toujours très éclairante pour qui veut prendre modèle sur le Père qui organise une fête, loin d’établir un réquisitoire contre l’un ou l’autre de ses fils. Cette recherche d’Unité dans la diversité est une des composantes du prêtre responsable de communauté : loin des règlements de comptes le prêtre, comme tout père de famille, doit apprendre à absorber les détresses et le stress de ceux qui l’entourent créant un climat de sérénité »

Comme le Père invite le frère ainé à se réjouir, le prêtre ne renonce ni ne désespère de nous : il nous appelle toujours plus haut, en nous poussant à rétablir les liens de fraternité ! Tendresse parentale de Dieu. Le don est si beau que Dieu nous pousse à l’imiter.

 

■  Quel pouvoir ? Quel service ?

Autre découverte : le prêtre est un homme de pouvoir. Non à la manière du monde, car son autorité n’est ni manipulation ni aliénation de liberté. Ce pouvoir est SERVICE « pour la vie éternelle » (Jn 17,2), autorité reçue de la source unique qui se déploie dans le domaine doctrinal, sacramental et la gouvernance, laquelle autorité est transmise par l’intermédiaire de l’évêque, don gratuit pour le service, indispensable à la vérité et à la communion ecclésiale, et ce malgré nos fragilités. Celles-ci donnent lieu, parfois, à des abus qui ne sont pas sans rappeler les enseignements que nous offrent les tentations de Jésus au désert. Serviteur acharné de l’unité au service des âmes, le prêtre doit ainsi obéir au Christ et non aux voix de la popularité, choisir la pertinence et non la performance, de recourir à la prière pour féconder toute vie, en somme de se laisser conduire docilement par l’Esprit-Saint.

Et qu’en est-il du « cléricalisme », sorte de carcan dénoncé par notre pape François ? Cette appellation s’avère insuffisamment comprise, et peut donner lieu à des déviances, créant confusion, notamment, entre clergé et cléricalisme ou en limitant ce terme aux abus sexuels dans l’Église, ou encore sorte de fourre-tout où le cléricalisme supposerait, pour s’y soustraire, de s’affranchir d’une autorité conférée par le sacrement de l’ordre.

Autre tentation qui suppose un grand discernement : servons-nous le Christ ou nous servons-nous de Lui ? De même avec l’Église ! Aimons-nous Jésus au point d’adhérer pleinement à sa Vie ? De là découle tout un enseignement où l’exercice de la miséricorde intègre une dimension morale (et Ô combien spirituelle) dont on ne peut se soustraire.

■ Les conditions de la Mission

   

Tout ce qui précède invite à une meilleure prise de conscience de la mission du prêtre, et serait incomplet si on ne mentionnait pas la nécessaire solitude du prêtre ; de cette mise en retrait indispensable qui ressource tout autant que la vie commune. Même si le prêtre est seul face aux décisions, à un conseil, à un problème de conscience comme à sa propre mort, et comme tout croyant, il n’est jamais seul face à Jésus Christ, même s’il ne faut pas faire abstraction de cette solitude « subie » qui peut s’avérer souffrance et repli sur soi.

A n’en pas douter, la charité , reçue et donnée, est elle-même source de réconfort et viatique pour le chemin, charité habitée par la présence à Dieu : solitude n’est pas contraire à une vie missionnaire et apostolique mais s’avère aussi condition de notre maturité spirituelle, là où se creuse l’humilité du cœur et la paix de l’âme. Qu’il vive en communauté ou en paroisse le prêtre est alors comme l’abeille qui prend du pollen à droite à gauche et en laisse ailleurs, « pollinisant » tous les lieux où il passe. La liturgie elle-même participe à l’expression d’une foi biblique enracinée dans l’histoire, plus que jamais outil d’évangélisation. Le prêtre reste le signe dans un monde qui réclame des repères, y compris en revêtant le signe distinctif le plus en adéquation avec le milieu ambiant.

Au centre de tout : L’Eucharistie ! « Notre vie a du sens si elle est un don en nous mettant à la disposition de ceux dont nous avons reçu la charge » Cet appel à progresser sur le chemin de la perfection ravive assurément l’ardeur missionnaire

Marie est la femme eucharistique : mère de tous les prêtres, modèle de tous. « Imitons son humilité, son offrande, son adoration, sa communion »

■  Méditer, prier 

Voilà une belle leçon qu’il nous appartient de nous approprier, de prolonger, chacun selon son histoire et sa voie. Ce que Dom Helder Camara disait du prêtre ne peut-il pas s’appliquer à nous : « Un prêtre ne s’appartient pas. Il n’a qu’une raison de vivre : c’est de vivre pour les autres ! » Aimons bien nos prêtres ; prions fort pour eux.

Patrick Mannier

 

La paternité sacerdotale.

Le curé, protecteur des âmes

En visitant nos hôpitaux ruraux je suis frappé lorsque l’on parle avec les personnes âgées combien le souvenir de leur enfance a été marqué par la présence du curé de leur village. L’image est invariablement la même : Celle d’un homme fort, respecté unanimement, très présent à ses fidèles, d’une bonté souvent rugueuse, toujours au-dessus des mêlées propres à nos disputes de tribu gauloise. Personnage pacifiant et sécurisant. Le dénuement de sa vie matérielle étant vécu à la vue de tous, la disponibilité constante permise par son célibat et la longévité de sa présence (parfois jusqu’à sa mort) rendaient sa figure unique et attachante. Il était à tous. On aurait pu le croire en concurrence d’influence avec le maire ou avec l’instituteur. Ceux-ci ont souvent disparu des mémoires alors que le pasteur reste la référence forte car il était pour eux l’autorité morale incontestée. Voilà pour la dimension purement humaine.

L’homme du Mystère

C’est souvent grâce à l’évocation de ce témoin de leur enfance qu’on peut entrer en relation et aborder les vérités spirituelles. En effet certains reconnaissent que la dimension du probus vir n’explique pas seulement l’autorité morale ; ils devinent une dimension autre que celle que confère un statut institutionnel. Ce lien particulier que le prêtre liait avec sa communauté appartenait au Mystère. Contrairement à toutes les autres institutions (maire, instituteur, notable) la présence n’était pas perçue en surplomb mais à la place d’un père au milieu de ses enfants. Les confidences des anciens révèlent combien ils avaient une conscience très juste de cette paternité réelle enracinée dans cette présence quotidienne. Ils devinaient dans leur cœur d’enfant d’alors que celle-ci avait une source, celle du Père du Ciel. Ils en comprenaient parfaitement la dimension sacrale. Dieu est Père et l’image du prêtre est pour eux indissociablement liée à la paternité divine.

L’homme sacerdotal

L’un d’eux me dira en une seule formule : « Notre curé c’était l’homme de l’autel ». Et l’autel pour cette génération encore solidement formée par le catéchisme reste encore le lieu du sacrifice. Ils devinaient en ce prêtre qu’ils avaient servi comme enfant de chœur que l’homme –-mis à part des autres hommes- donnait un sens « sacrificiel à toute son existence » (1). Cette perception de la sainteté du statut du prêtre dont le célibat en est l’expression la plus radicale les a marqués. L’homme de l’autel c’est l’homme de l’eucharistie qui fait dire à Jean Paul II que c’est d’elle que le prêtre reçoit la grâce et la responsabilité de donner à son existence l’offrande définitive de sa vie. L’eucharistie est liée au prêtre comme le prêtre est lié à l’Eucharistie. Sans prêtre il n’y a pas d’eucharistie et sans eucharistie il n’y a pas de prêtre
 

Dimension sacrificielle

Sans savoir très bien le formaliser nos contemporains reconnaissent assez facilement dans les prêtres des hommes donnés totalement « l’homme pour les autres » (Jean Paul II). Leurs aînés constatent que ceux-ci n’ont pas craint de sacrifier les joies humaines spéciales du mariage et de la vie de famille. Pourtant ils ont plus de difficulté à comprendre que ce don a une signification qui dépasse et transcende infiniment cette générosité de cœur. Jean Paul II rappelle que cette disponibilité totale vécue dans le célibat a pour finalité la propre sanctification du prêtre et l’édification de l’Eglise. Certains anciens perçoivent bien l’Homme qui témoigne de sa conviction des choses qu’on ne voit pas. Le prêtre reçoit la grâce de la paternité dans le Christ. Il reçoit la très grave responsabilité du père de ramener les âmes à son propre Père. Celles qui lui sont confiées ou qu’il ira chercher et parfois arracher au démon sont celles de ses enfants qu’il engendre -dit St Jean- parfois dans la douleur et le sacrifice.

Karol Wojtyla voit dans la souffrance du prêtre une partie inévitable du sort du disciple, elle est liée intimement à l’obéissance au Père. L’acceptation de la souffrance -dit-il- permet de se conformer plus étroitement à la volonté de Dieu.

Bernanos dans le journal d’un curé de campagne met bien en perspective les deux mondes qui se succéderont. Celui de nos anciens qui ont en mémoire le curé de Torcy (2) solide patron de paroisse qui exerce avec bienveillance et fermeté son apostolat dans un monde globalement chrétien. Celui qu’entame le jeune et fragile curé d’Ambricourt confronté à l’angoissante désacralisation de l’humanité rejoint plus notre actualité tragique. Nos jeunes prêtres ressemblent plus au deuxième personnage de Bernanos. Le feu de la Foi est le même, le sens de la paternité des âmes demeure identique. Cependant la dé-spiritualisation contemporaine est abyssale. Elle construit un monde ennemi à toute dimension religieuse. Sur le plan anthropologique son prince mène une guerre acharnée contre l’image du Père.


 

En ces temps obscurcis…

Cette volonté farouche à exclure le « Père » de toute référence humaine et civile n’est pas l’extravagance d’un mode idéologique qui succéderait à d’autres mais un projet luciférien abouti et programmé. A travers toute violence contre la paternité l’esprit du mal s’attaque à l’image même de Dieu qui est « le » père. Les campagnes actuelles menées contre la paternité humaine n’ont qu’un but, c’est d’atteindre celle de Dieu, le bon pasteur pris de compassion pour toutes ces foules épuisées hantées par des âmes mortes. Aujourd’hui les forces du mal vont s’exprimer principalement contre son représentant. Dieu est source de vie et son prêtre est là pour la dispenser. Le prince de la mort s’attaque farouchement à ceux qui sont dépositaires de la Vie.

Le monde veut persuader de l’inutilité du prêtre, que le seul horizon de l’homme est de jouir de son existence matérielle et de l’adoration des faux dieux que sont invariablement le pouvoir sans limite, de l’argent ou du matérialisme consumériste, du sexe pour lui-même, perversités qui étouffent l’esprit et le cœur et assèchent mortellement l’âme. Or le prêtre est une offense vivante à cet abaissement construit de l’humanité parce que sa pauvreté, son humilité et son absence de pouvoir contredit les moteurs du monde. Aussi les puissances de ce monde le considèrent comme inutile.

L’exemple le plus récent nous a été donné lorsqu’ avec un mépris souverain le gouvernement a traité la question religieuse lors du dé confinement. Des évêques ont dénoncé avec vigueur cette incapacité à comprendre le spirituel.
 

Le prêtre est central à la vie du monde

  

Jean Paul II dans son admirable opuscule « Avec vous je suis prêtre » du jeudi saint 1986 : « Nous sommes plus que jamais nécessaires parce que le Christ est plus que jamais nécessaire ! Le bon Pasteur est plus que jamais nécessaire » et plus haut il introduit « C’est lui qui nous a constitués pasteurs nous aussi. C’est lui qui parcourt les villes et les villages partout où nous sommes envoyés pour remplir notre service sacerdotal et pastoral. » Le prêtre est l’épicentre de l’humanité car il rappelle par son état que celle-ci doit rendre gloire à son créateur et l’aimer parce que Dieu ne cesse de l’aimer. Le prêtre par la radicalité de son engagement signifie le sens de notre vie. Le monde n’accepte pas le signe de contradiction dont témoigne le sacerdoce. Il est nié essentiellement pour sa dimension mystique. Et si le prêtre affirme celle-ci il est chassé de la communauté humaine. Raison pour laquelle les révolutions s’attaquent toujours en priorité à ceux dont la vocation est purement contemplative. Le démon déteste la prière car celle-ci l’affaiblit. Son royaume, Le monde ne comprend pas et ne veut pas comprendre que le rôle du pasteur est celui d’un chasseur d’âmes qui ramène celles-ci à l’adoration et à l’intimité avec Dieu.


 

Nous vivons un temps eschatologique

Pour combattre l’esprit du monde il ne suffit plus du solide bon sens du curé de Torcy mais de l’intelligence puisée à l’intimité d’une relation constante avec le Christ du curé d’Ambricourt. Le « monde » hait l’Église pour son incarnation du spirituel. Aussi pour frapper celle-ci la première cible de Satan sera celui qui en est le gardien : le prêtre. Dans une société envahie par l’omni présence des images, s’attachera t’il à salir celle de ce dernier. Les attaques viennent aussi bien « du monde » que directement de son prince. Celui-ci dénonçant avec un grand tapage le statut du prêtre en donnant une large publicité aux scandales provoqués par certains en amalgament avec ceux-ci les 98% des prêtres ou des évêques qui témoignent d’une vie sainte et généreuse. Il s’agit d’abimer l’image du bon pasteur.

La vocation du prêtre est sacrificielle parce que le monde et toutes les puissances qui le gouvernent lui sont hostiles. C’est dans ce contexte héroïque que « les curés d’Ambricourt » malgré les épreuves subies, la maladie morale de l’humanité qui sapent leur autorité font preuve d’une admirable détermination à sauver les âmes qui sont confiées à leur rôle de pasteur. Dans le roman de Bernanos on le voit, le jeune prêtre si fragile, si humble, si maladroit exerce avec une vaillance héroïque son autorité pour sauver les âmes. Aujourd’hui je remarque que tous les jeunes prêtres sont habités par cette même conscience fiévreuse du salut des âmes, de leur ardent désir de les conduire une à une au Ciel.

Et je terminerai par cette dernière exhortation de Jean Paul II aux jeunes prêtres le 15 juin 1984 à où leur mission est définie.

« Nous croyons que le Christ fait de nous ses prêtres pour le salut des hommes » « Même si le monde autour de nous doute de la présence d’un Dieu qui les aime, de la capacité du Christ à le renouveler, de la puissance de l’Esprit-Saint qui poursuit son œuvre de sanctification même si le monde ne ressent pas le besoin de recevoir un tel salut et semble …réduire son horizon à une vie matérialiste nous gardons la conviction qu’il n’est pas d’autre nom que celui de Jésus Christ pour sauver les hommes…nous l’annoncerons avec l’aide de Marie clairement à temps et à contretemps. Il faut que nous fassions retentir avec vigueur la parole initiale de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile »


 

(1) Pastores dabo vobis Jean Paul II

(2) Journal d’un curé de campagne Bernanos

(3) à Einseindeln

Yves Meaudre

JUAN DE ZUMÁRRAGA

premier Évêque de Mexico

« Je suis la Toute-Vierge à jamais Sancta Maria… Rends-toi à Mexico au palais de l’Evêque… pour lui faire connaître mon grand désir d’avoir ici une maison, un temple dans la plaine… fais tout ce qu’il t’est possible de faire »

Ces paroles ont été prononcées par Notre-Dame de Guadalupe le 9 décembre 1531 sur le Mont Tepeyac près de Mexico. Sancta Maria a choisi l’Indien Juan-Diego pour porter son message d’amour. Or le destinataire en était Juan de Zumárraga, premier Évêque de Mexico ayant le titre de Protecteur des Indiens. La Vierge lui adresse sa requête, « Mon grand désir d’avoir ici une maison, un temple dans la plaine… [pour] écouter leurs plaintes, soigner leurs misères, leurs peines, leurs douleurs…»

UN PEUPLE TRAUMATISÉ

La grande Mexico-Tenochtitlán avait été le siège d’une véritable conflagration dix ans auparavant durant la conquête espagnole menée par Cortès. Une moitié des centaines de milliers d’habitants indigènes était morte au combat ou victimes d’épidémies. Peuple guerrier, fier et invaincu depuis deux siècles les Aztèques devenaient les vassaux du roi d’Espagne. Naguère peuple élu du dieu soleil, ils se voyaient maintenant reprocher avec acrimonie la monstruosité des sacrifices humains censés alimenter l’astre du jour. Leur mission cosmique et leur histoire glorieuse n’étaient que fables. Temples et statues renversés, rites grandioses abolis, une civilisation séculaire incarnant l’harmonie céleste sombrait dans un paroxysme de brutalité tandis qu’au firmament les astres poursuivaient leur course dans une glaciale indifférence.

PREMIÈRE ÉVANGÉLISATION

Après l’éviction de Cortès, le gouvernement de la « 1ère Audience » réunissant des aventuriers sans scrupules, n’avait fait qu’accentuer la blessure profonde des peuples indigènes. Beaucoup de nouveaux venus affluaient d’Espagne assoiffés d’or et de pouvoir, avec un mépris des autochtones pouvant aller jusqu’à les réduire en esclavage. Pour les Indiens, ces scandales contrastaient avec les exemples édifiants des premiers religieux ayant répondu à l’appel de Cortès. Ces moines étaient animés de la passion missionnaire de la « conquête évangélisatrice » prônée dans la bulle papale Pastoris Aeterni de 1472, et souhaitée par la Couronne espagnole. Pour annoncer la vraie foi en Jésus-Christ, il leur fallait pourchasser impitoyablement les idolâtries et pratiques sataniques. Les conversions étaient rares parmi les Indiens en raison du traumatisme et des contre-témoignages de chrétiens. En 1531, on ne comptait qu’une quarantaine de convertis indigènes parmi lesquels Cuauhtlatoatzin baptisé sous le nom de Juan-Diego en 1525.

LES MISSIONNAIRES

Le défi était gigantesque pour cette poignée de franciscains rejoints par quelques dominicains : ils n’étaient pas plus de quarante en 1531 pour un territoire immense. Ces premiers frères humbles, pauvres et austères se présentaient déchaussés aux caciques indiens, rejoignant la mentalité indigène dans sa haute exigence morale. Ce sont les colonnes de l’Eglise du Nouveau-Monde : Toribio de Benavente dit « Motolinia » (« le Pauvre » en nahuatl), Andres de Olmos, Bernardino de Sahagún, Vasco de Quiroga, plus tard Diego Durán, Gerónimo de Mendieta, et tant d’autres. Ils apprirent à parler le nahuatl pour mieux servir la mission, ils recueillirent auprès des Anciens les récits culturels qu’ils firent mettre par écrit en alphabet latin, ils furent les inventeurs de la recherche anthropologique.

JUAN DE ZUMARRAGA

Charles Quint avait désigné au Pape ce Provincial franciscain, en raison de sa profondeur, sa rectitude et sa générosité. Humaniste, il allait comme évêque stimuler la vie spirituelle en Amérique dans une vision « moderne » de l’éducation selon la réforme franciscaine. Arrivé à Mexico fin 1528, il eut à déjouer des pièges ignobles et une tentative d’assassinat de la « 1ère Audience » qui voulait se débarrasser du Protecteur des Indiens. Il fut tenté de renoncer si l’on en croit sa lettre au roi d’Espagne en août 1529 : « Si Dieu n’y pourvoit par un remède de sa main, cette terre est en danger de se perdre entièrement. »

En 1531 le calme revint, le remède était en chemin. Juan de Zumárraga célébra la fête de l’Immaculée Conception avec dévotion. Le lendemain samedi 9 décembre, la Vierge métisse enceinte demande l’hospitalité au chef de la jeune Eglise de Mexico, mais celui-ci réclame un signe à l’humble messager. 3 jours plus tard Juan-Diego apportera de la main de la Vierge, le signe d’une moisson de roses de Castille. En découvrant Son image miraculeuse sur la tilma, le Frère Mineur croit, se convertit, et verse d’abondantes larmes.

ÉTOILE DE L’EVANGÉLISATION

L’impact des Apparitions de la Vierge de Guadalupe est inégalé dans toute l’histoire de l’Eglise. En moins de 9 ans, 9 millions d’Indiens reçurent le baptême. Les moines débordés ne savaient comment faire face aux foules qui prenaient d’assaut les monastères. Nouveaux Moïse, il leur fallait se faire soutenir les bras pour baptiser chaque jour des catéchumènes par centaines, ils durent demander une dispense à Rome pour abréger le rituel. La vie du bon Évêque Juan de Zumárraga fut transfigurée par la grâce de Marie de Guadalupe. Il mourut d’épuisement en 1548, peu après la Pentecôte, dans la paix et l’action de grâce après avoir imposé les mains à des milliers de confirmands.

Marie-José Moussel