Le bienheureux Vladimir Ghika
et Saint Vincent de Paul

 

 

« Le pauvre n’est pas oublié jusqu’à la fin, l’espoir des malheureux ne périt pas à jamais. » (Ps 9,19)

 

Quel est le secret de la sainte relation entre Vladimir Ghika, prince appartenant à la famille Ghika, et l’apôtre des pauvres Saint Vincent de Paul ?

 

En 1906, le prince Vladimir Ghika fait venir en Roumanie, à Bucarest, les filles de la charité de Saint Vincent de Paul. Il avait connu leur activité prodigieuse parmi les pauvres, lors d’une visite à son frère Démettre Ghika, consul à Thessalonique en Grèce. Les sœurs venues en Roumanie commencent leur apostolat dans le cartier Grivitza par un petit dispensaire gratuit « Bethléem Marie ». Plus-tard, pendant la deuxième guerre des Balkans, Vladimir Ghika participe avec les sœurs à une action d’aide aux victimes du choléra. Les sœurs achètent en 1913 un terrain à Bucarest ou sera construit l’hôpital Saint Vincent de Paul qui donnera des soins gratuits par des médecins bénévoles. Des familles aisées ayant le souci des pauvres réglaient le traitement.

En 1930 sera construit la chapelle Saint Vincent de Paul desservi par les pères lazaristes. C’est l’origine de l’église paroissial Saint Vincent de Paul.

A 50 ans le prince Vladimir Ghika est ordonné prêtre à Paris dans la chapelle des lazaristes.Il devient aumônier des étrangers et curé dans la banlieue rouge à Villejuif.

Tout son apostolat se fonde sur la grande leçon de la charité reçue de son maître et saint de prédilection, Saint Vincent de Paul.

L’amour de Dieu et du prochain de Saint Vincent de Paul se retrouve dans la vie, le travail et les écrits de Vladimir Ghika.

D’après Saint Vincent : «  Il faut tendre vers la vie intérieure ; y manquer, c’est manquer à tout. » (St Vincent de Paul, CM 198).

Comme un reflet de ces paroles, la vie de Mgr Ghika est une vie riche en contemplation, prière et adoration envers son Maître et Sauveur.

Saint Vincent de Paul, dans ses homélies, souligne que le Christ se présente à nous de différentes façons : dans la parole, l’Eucharistie et l’Église qui forme son corps, spécialement dans ses membres souffrants.

Nous retrouvons dans la vie de Mgr Ghika une spiritualité semblable. Il s’appuyait sur la Parole qu’il considérait être un chemin indéfectible pour trouver Jésus. Dans ses « Entretiens Spirituels », nous trouvons, presque à chaque page, des paroles de la Bible.

Il affirmait que  « L’ordre de Dieu doit être l’ordre du jour : « Marche, sans me perdre des yeux, et soit meilleur » (E.S.* p. 32).

Son esprit d’oraison perpétuelle, prescrit par l’Évangile, était son pain quotidien. « Priez sans cesse ! » (Th 5,17). Dans ses « Pensée pour la suite des jours » il y a aussi d’abondante réflexions sur la parole, comme, par exemple la méditation sur le « nôtre Père ».

L’Eucharistie, le pain de vie, était aussi sa grande nourriture spirituelle.

« C'est du dernier vin que Jésus a tenu à faire le premier sang.  » (P.s.j p. 58).

Il parle de l’importance capitale du sang béni de Jésus : « le sang tache toujours, seul le sang qui rachète ne tache pas, bien plus, il lave. Il lave jusqu’à l’ineffaçable. » (PSJ* p. 94).

Comme son maître Vincent de Paul, c’est dans la communauté qui forme le corps du Christ que se trouve enracinée toute sa vie.

La miséricorde du Seigneur devient toute sa raison de vivre jusqu’à sa vie offerte pour son prochain, dans les plus abjectes conditions de la prison de Jilava.

« Seigneur vivre de Votre vie et mourir de Votre mort » (PSJ* p. 140).

L’amour du prochain le travaillait sans cesse. « Nous ne serons jamais jugés ni condamner que par l’amour, au nom de l’amour et en raison de notre amour » (Pensée pour la suite des jours, p. 138).

Le pauvre, celui qui a besoin de chacun de nous, était sa priorité : «le plus abandonné devient le plus proche des tiens, dès que tu le vois : il n’a que toi, tu lui appartiens plus que tous » (PSJ* p. 33)

 

De plus il affirmait : « Si tu sais prendre sur toi la douleur d'autrui, le Seigneur prendra sur Lui cette douleur, en toi, et la fera Sienne c'est-à-dire ouvrière de salut. Il la prendra avec d'autant plus d'élan qu'Il la trouve déjà comme déracinée et transplantée en ton coeur. » (PSJ* p. 28)

Pour lui, la visite des pauvres est le chemin vers celui qui se trouve dans le besoin.

Mais ou trouvait-il cette grande force d’aimer ? C’est dans l’amour miséricordieux de Jésus à laquelle il s’unit, dans la prière surtout.

 

« Avec Dieu, Pour Dieu, A Dieu, En Dieu » était les quatre étapes de chacune de ses actions (PSJ* p. 126).

Car « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites » (Mt 25,40) et la main tendue du pauvre ne reste jamais sans réponse.

Ainsi l’esprit de Saint Vincent de Paul était devenu sien.

«Notre Seigneur Jésus-Christ est le vrai modèle, et ce grand tableau invisible sur lequel nous devons former toutes nos actions» (SV* XI, 212)

 

Mihaela Vasiliu

Abréviations :

 

PSJ : Vladimir Ghika, Pensées pour la suite des jours, Beauchesne

ES:Vladimir Ghika, Entretiens Spirituels, Beauchesne

SV : Pierre Coste, œuvres de saint Vincent, Gabalda, Paris 1920-25).

 

 

Méditer avec « Pensées pour la suite des jours »

 

 L'humilité est la meilleure préparation à l'agonie.

 Qui n'est pas mortifié, mourra mal.

 Si tu sais prendre sur toi la douleur d'autrui, le Seigneur prendra sur Lui cette douleur, en toi, et la fera Sienne, c'est-à-dire ouvrière de salut. Il la prendra avec d'autant plus d'élan qu'Il la trouve déjà comme déracinée et transplantée en ton cœur.

 L'habitude du sacrifice apprend à mieux fixer la résidence de l'âme.

 Cantique des Degrés... Seigneur, savoir ce que Vous voulez,—vouloir ce que Vous voulez,—faire ce que Vous voulez,—bien faire ce que Vous voulez.

 L'étrange figure de ce monde est le produit des fautes et des prières.

 Merci est un mot qu'on doit savoir prouver; ce n'est pas assez que de savoir le dire

 Aridité. Eh bien! si mon cœur est lourd et dur comme une pierre, sa prière sera belle et miraculeuse, comme le serait celle d'une pierre.

 Souvent il est presque aussi doux de se savoir entendu que d'être exaucé.

 Celui qui « reviendra comme un voleur » est parti en pliant avec soin jusqu'à ses linges mortuaires.

 Écoute ceux qui ne parlent pas. Ne te contente pas de les entendre.

 Le ciel est mon abri; qu'importe si c'est le seul ?